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| quarkenciel | | Laissez-nous nos rêves ! | | Le poète |  |  | | 2664 messages postés |
| Posté le 30-05-2004 à 09:40:33
| Deux poèmes de Mahmoud Darwich (né en 1942 à Birwa, près de Saint Jean d’Acre), que j’avais envie de vous faire partager… Etranger dans une ville Lointaine ======================= Lorsque j’étais petit et beau J’avais la rose pour demeure et les vastes mers pour sources La rose devint blessure et les sources soif - Ai-je beaucoup changé - Je n’ai pas beaucoup changé. Lorsque nous reviendrons comme le vent à notre demeure Regarde bien mon front tu verras que la rose est devenue palmier tu verras que les sources sont devenues sueurs tu me retrouveras comme lorsque j’étais petit et beau. Ainsi parla l’Arbre Délaissé =================== Hors climats ou au cœur de la vaste forêt ma patrie Les oiseaux sentent-ils que je suis leur terre d’asile ou leur migration ? J’attends Ma saison c’est l’automne aux courtes branches ou le printemps aux longues racines La gazelle sent-elle que je suis son corps ou ses fruits ? J’attends Dans le soir qui se promène entre les yeux bleu, vert ou or mon corps les amoureux sentent-ils que je suis leur balcon ou leur lune ? J’attends Dans la sécheresse qui fait craqueler le vent les pauvres savent-ils que je suis la source du vent ? Sentent-ils que je suis leur poignard ou la pluie revivifiante ? J’attends Hors climats ou au cœur de la vaste forêt mon amour m’a délaissé mais je ne renoncerai pas à mes branches perdues dans la cohue des arbres J’attends… -*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-* J’ai déniché un de ses recueils par miracle ce samedi peu avant la fermeture (chez Gibert Jeune, histoire de me rajeunir !), « Rien d’autre qu’une année »… Voici la préface, (par Tahar Ben Jelloun, dans « Le Monde ») : Que peut la poésie pour l’enfant ayant grandi dans les blessures ? Comment dire le pays enseveli dans le souvenir de plus en plus lointain, épais et tremblant ? Pour le Palestinien Mahmoud Darwich, il reste le corps et les mots, citadelle abritant une douleur d’orgueil. Il reste l’errance pour un peuple voyageant dans « la caravane ininterrompue de l’exode » Mahmoud Darwich a deux métiers : la poésie et le souvenir. Parfois les deux se rejoignent. Avec le poème, le souvenir devient miroir, échelle pour le temps et défaite du sommeil et de l’oubli. Célèbre dans le monde arabe, il n’est pas pour autant ce qu’on appelerait un « poète militant » Son engagement est dans l’écriture, dans la poésie ; il est loyal envers l’imaginaire de son peuple, de tout peuple voué à l’errance. Rien à voir avec cette poésie qui brandit des slogans et ruine la beauté et l’émotion. Darwich est un poète épique. A bientôt et bon week-end ! < |
| | Tao | | Administrateur |  |  | | 7362 messages postés |
| Posté le 30-05-2004 à 09:55:36
| La première lecture me met dans l'expectative. Il va falloir que je relise avec attention. Mais comme le conseil du jour qui m'est donné dans le proverbotron est : "Le jour ou l'homme à la langue fouchue explique le Tao, envisage de laisser l'ivrogne sentant le houblon dans un jakuzi.", je vais revoir cela plus tard.
-------------------- On vit avec le cœur plein dans un monde vide. [Chateaubriand] |
| | Tao | | Administrateur |  |  | | 7362 messages postés |
| Posté le 30-05-2004 à 19:22:21
| C'est bien ce qu'il me semblait. Quelques passages qui peuvent être considérés comme appelant au recours à la force, à la révolte armée. Je ne juge pas, je donne mon ressenti. D'autre part, je suis troublé par le Nous employé dans le premier poème. Tout est à la première personne du singulier, ce qui engage le poète, puis une phrase dillue le tout. Est-ce voulu? Je pense que oui. L'objectif poétique m'échappe néanmoins.
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| | quarkenciel | | Laissez-nous nos rêves ! | | Le poète |  |  | | 2664 messages postés |
| Posté le 30-05-2004 à 23:39:33
| Tao a écrit :
C'est bien ce qu'il me semblait. Quelques passages qui peuvent être considérés comme appelant au recours à la force, à la révolte armée. Je ne juge pas, je donne mon ressenti. D'autre part, je suis troublé par le Nous employé dans le premier poème. Tout est à la première personne du singulier, ce qui engage le poète, puis une phrase dillue le tout. Est-ce voulu? Je pense que oui. L'objectif poétique m'échappe néanmoins. |
D'où vient cette analyse, Tao, du mot "poignard" ou d'autre chose ? Je pense que l'auteur est plus "révolté" qu'appelant à la révolte comme tu sembles le croire. Serait-il "mal né" d'avoir été palestinien ? Ca me fait un peu mal au coeur que tu prennes les choses sous cet angle, j'ai l'impression que tu ne le juges pas très bien, voir même que tu m'en voudrais presque d'avoir copié de ses poèmes, ne comprenant pas mon engouement. Si tu ne souhaites pas en avoir d'autres pour avoir une autre opinion, je respecterai ton choix, mais sincèrement je trouverai cela un peu dommage, car ce serait pour moi un moyen de montrer que la préface n'est pas mensongère. Peut-être ne partages-tu pas le point de vue humaniste, pensant qu'il est nécessairement "politique" (sous-entendu de gauche) ? J'espère me tromper à ce sujet, car là, je ne sais plus quoi te répondre, c'est comme si nous n'étions pas sur la même longueur d'onde cette fois. J'espère que pour toi aussi, il est possible d'avoir un point de vue en dehors de toute étiquette politique, simplement un point de vue humain, qui regarde la souffrance en face, et qui sait pertinemment que dans une guerre, il n'y a jamais que des perdants. Crois-moi, je n'ai aucun "parti pris" en ce qui concerne le problème palestinien. Je n'ai que quelques échos de ce que peut être un exil par une branche de ma famille, dans une région frontalière entre la Pologne et l'Allemagne, avec des grands-parents qui ont du faire "germaniser" leur nom par sécurité et abandonner une ferme ; tout ce que je sais, c'est que ce genre de situation est une énorme souffrance, qui trouve à mon sens un meilleur exutoire dans quelques poèmes que dans des bombes... Et d'autres part, réduire les messages du poète au problème palestinien ne me paraît pas fidèle à sa personne. Je crois en la valeur de la communication, et j'espère que nous pourrons démêler tout ceci... A bientôt Jef |
| | quarkenciel | | Laissez-nous nos rêves ! | | Le poète |  |  | | 2664 messages postés |
| Posté le 30-05-2004 à 23:47:11
| d'autre part, sans S. Pour l'histoire personnelle, c'était la "germanisation" en premier, tant que la Silésie n'était pas (re)prise par les russes, une très vieille histoire aussi, et pour l'exil, c'était après, tu t'en seras douté. Mais je ne souhaite pas lancer le débat sur ce sujet, je rappelle qu'il s'agissait de poésie ! |
| | Tao | | Administrateur |  |  | | 7362 messages postés |
| Posté le 31-05-2004 à 06:34:08
| L'analyse me vient de quelques phrases: La rose devint blessure et les sources soif - Ai-je beaucoup changé - Je n’ai pas beaucoup changé. Lorsque nous reviendrons comme le vent à notre demeure les pauvres savent-ils que je suis la source du vent ? Sentent-ils que je suis leur poignard ou la pluie revivifiante ? A noter que le vent est associé dans les deux cas. Coincidences? les peuples en errance, en souffrance, sont hélas nombreux. On ne parle jamais que des même. J'aime à faire attention de ne pas sombrer dans une pensée commune qui "forcément" occulte une partie des choses pour mettre l'autre partie dans la lumière. D'ailleurs, je dirais plutôt que je me méfie des choses volontairement mises en pleine lumière afin d'en laisser d'autres dans l'ombre. Non, je ne t'en veux pas! Peut-être me suis-je mal exprimé, mais je voulais donner mon sentiment, qui n'est pas obligatoirement bon, sur les premières lectures et mes ressentis. (note que je n'emploie pas le terme d'interprétations). Je n'y vois pas un point de vue politique, mais humaniste. Tu vois, nous sommes d'accord. Je pense que ce poète est très doué. La poésie n'est pas nécessairement les petites fleurs et les oiseaux qui gazouillent.
-------------------- On vit avec le cœur plein dans un monde vide. [Chateaubriand] |
| | quarkenciel | | Laissez-nous nos rêves ! | | Le poète |  |  | | 2664 messages postés |
| Posté le 31-05-2004 à 11:09:20
| Le poème suivant évoque effectivement la guerre, comme un certain nombre du recueil "Rien qu'une autre année", mais vous verrez qu’il n’est pas du tout un « appel à la lutte armée », bien au contraire, si vous le lisez jusqu’au bout… Soldat rêvant de lis blanc =================== Il rêve de lis blancs d’un rameau d’olivier de la floraison de ses seins au soir il rêve – m’a-t-il dit- de fleurs d’orangers il ne cherche pas à philosopher autour de son rêve il comprend les choses uniquement comme il les sent, hume Il comprend –m’a-t-il dit- que la patrie c’est boire le café de sa mère et de rentrer au soir Je lui ai demandé : Et la terre ? il a dit : Je ne la connais pas et je ne sens pas qu’elle soit ma peau ou mon pouls comme je vois cette boutique, cette rue ou ces journaux Je lui ai demandé : L’aimes-tu ? Il répondit : Mon amour est une courte promenade, un verre de vin ou une aventure - Mourrais-tu pour elle ? - Que non ! Tout ce qui m’attache à la terre se limite à un article incendiaire, une conférence On m’a appris à aimer son amour mais je n’ai pas senti que son cœur s’identifiait au mien je n’ai pas respiré l’herbe, les racines, les branches - Et son amour était-il brûlant comme le soleil, la nostalgie ? Il me répondit av ec nervosité : - Ma voie d’accès à l’amour est un fusil l’avènement de fêtes revenues de vieilles ruines le silence d’une statue antique dont l’époque et le nom ont été perdus. Il m’a raconté l’instant des adieux comment sa mère pleurait en silence lorsqu’il fut conduit quelque part sur le front et la voix affligée de sa mère gravant sous sa peau une nouvelle espérance : Ah, si les colombes pouvaient grandir au Ministère de la Défense si les colombes pouvaient grandir ! Il tira sur sa cigarette, puis ajouta comme s’il fuyait une mare de sang : J’ai rêvé de lis blancs d’un rameau d’olivier d’un oiseau embrassant le matin sur une branche d’oranger - Et qu’as-tu vu ? - J’ai vu l’œuvre de mes mains un cactus rouge que j’ai fait exploser dans le sable, les poitrines, les ventres - Combien en as-tu tué ? - Il m’est difficile de les compter mais j’ai gagné une seule médaille Je lui ai demandé, me faisant violence à moi-même : Décris-moi donc un seul tué Il se redressa sur son siège caressa la journal plié et me dit comme s’il me faisait entendre une chanson : Telle une tente, il s’écroula sur les gravats il étreignit les astres fracassés sur son large front, resplendissait un diadème de sang il n’y avait pas de décoration sur sa poitrine il était, paraît-il, cultivateur ou ouvrier ou alors marchand ambulant telle une tente, il s’écroula sur les gravats ses bras étaient tendus comme deux ruisseaux à sec et lorsque j’ai fouillé ses poches pour chercher son nom j’ai trouvé deux photos l’une… De sa femme l’autre de sa fille Je lui ai demandé : T’es-tu attristé ? Il m’interrompit pour dire : Ami Mahmoud, écoute la tristesse est un oiseau blanc qui ne hante guère les champs de bataille, et les soldats commettent un péché lorsqu’ils s’attristent. Là-bas, j’étais une machine crachant le feu et la mort transformant l’espace en un oiseau d’acier. Il m’a parlé de son premier amour et après cela des rues lointaines des réactions d’après guerre et de l’héroïsme de la radio et du jouranl et lorsqu’il cacha un crachat dans son mouchoir je lui ai demandé ! Nous reverrons-nous ? il répondit : Dans une ville lointaine. Lorsque j’ai rempli son quatrième verre j’ai dit en plaisantant : Tu veux émigrer ? Et la patrie ? Il me répondit : Laisse-moi je rêve de lis blancs d’une rue pleine de chansons et d’une maison illuminée je veux un cœur tendre, non charger un fusil je veux un jour ensoleillé non un moment fou de victoire intolérante je veux un enfant adressant son sourire à la lumière du jour non un engin dans la machinerie de guerre je suis venu pour vivre le lever du soleil non son déclin Il m’a quitté, car il cherche des lis blancs un oiseau accueillant le matin sur un rameau d’olivier Car il ne comprend les choses que comme il les sent, hume il comprend -m-a-t-il dit- que la patrie c’est boire le café de sa mère et rentrer, en paix, avec le soir. |
| | Tao | | Administrateur |  |  | | 7362 messages postés |
| Posté le 31-05-2004 à 12:44:05
| Je lui ai demandé : T’es-tu attristé ? Il m’interrompit pour dire : Ami Mahmoud, écoute la tristesse est un oiseau blanc qui ne hante guère les champs de bataille, et les soldats commettent un péché lorsqu’ils s’attristent. Là-bas, j’étais une machine crachant le feu et la mort transformant l’espace en un oiseau d’acier. Le chef de guerre doit arrêter lorsque la victoire est remportée, puis pleurer les morts dont il est responsable. En cela je comprends ces vers. Mais loin de moi était l'intention de critiquer, encore moins de juger. La révolte peut être une solution suivant les circonstances, pour les humains au stade actuel de leur évolution. Je rêve quant à moi du jour inéluctable ou les yeux s'ouvriront. Rien que pour voir ce jour, j'aimerai croire en la réincarnation...
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| | LOU | | > On peut très bien avoir soixan | | Sage |  | | 102 messages postés |
| Posté le 01-06-2004 à 00:19:08
| Je me pose une question moi....mais ca n'engage que moi...était-il obligé de tuer,fouiller ses victimes...sans savoir qui elles étaient...pour rêver de lys blanc????> Quand on suit quelqu'un de bon, on apprend à devenir bon ; quand on suit un tigre, on apprend à mordre. [Proverbe chinois] Lou. |
| | Tao | | Administrateur |  |  | | 7362 messages postés |
| Posté le 01-06-2004 à 06:26:44
| Il est parfois difficile, particulièrement lorsque nous sommes jeunes de pouvoir éviter les chefs de guerre.
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